Les Zones d'Expansion des Crues (ZEC) de l'Yèvre en actions, c'est-à-dire ?

"Il pleut, il mouille, c'est la fête à la grenouille" est la comptine à la mode de cette fin d'année, où l'Yèvre et la plupart de ses affluents vivent une période de crues saisonnières. À chacun des sous-bassins son comportement : le bassin du Moulon réagit vivement, avec des débits importants, approchants 18m3/s le 28 déc, pour décroitre rapidement (moins de 10m3/s le 30 déc). L'inertie plus lente de l'Yèvre amont, gonflée par les débits de l'Airain, poursuit une lente élévation de ses débits à Savigny-en-Septaine, le phénomène durera encore plusieurs jours.

Zone d'Expansion des Crues de l'Yèvre à Osmoy

Ces conditions mettent à contribution les zones d'expansion des crues, vastes plaines inondables, sans enjeux majeurs, associées aux lits des cours d'eau, dont certaines ont récemment fait l'objet d'une étude, pour mieux comprendre le fonctionnement et l'impacts de ces espaces, et les éventuelles interventions à y mener.

L'étude menée par Etablissement Public Loire depuis 2018, est liée aux travaux de SAGE Yèvre-Auron, elle a été réalisée par le bureau d'étude BRL Ingénierie, avec l'accompagnement de plusieurs acteurs du territoire. Celle-ci est arrivée à son terme au cours de l'automne de 2021 (Phase 3/3), page donnant accès à la documentation : ICI

Pour rappel un précédent article de présentation du projet : ICI

Sur le bassin du SIVY, l'étude s'est concentrée sur des secteurs limités en taille, pour des contraintes liées à la complexité des modélisations hydrauliques qui nécessitaient de nombreux relevés terrain, l'intégration de chacun des ouvrages de franchissements, types de végétations, rugosité des sols... : l'Yèvre en amont de Bourges, et l'Yèvre en amont de Vierzon sont ainsi les 2 secteurs étudiés.

Secteurs étudiés
Les zones inondables de Vierzon selon différentes gammes de débits, et la complexité des infrastructures en zones inondables (voiries, chemin de fer, autoroute, ...)

Les caractéristiques des paysages et des pentes similaires à la région permettent toutefois d'extrapoler les tendances à des échelles plus importantes de l'Yèvre (effet cumulatif), ainsi qu'à certains affluents. Sur ces secteurs, le comportement hydraulique des phénomènes d'inondations y ont été étudiées (hauteurs, vitesses d'écoulements), avant d'envisager des scénarios d'interventions :

- sur-stockage (digues) : en amont pour limiter les hauteurs d'eau sur des secteurs à enjeux forts (en aval).

- implantation de haies (re-végétalisation des plaines inondables) pour ralentir les écoulements.

- développement des logiques de préservation et lutte contre les remblais de ces zones.

Qu'apprenons-nous au fil des trois phases de cette étude ? :

  • Des capacités d'écrêtements assez limités : les faibles pentes ne permettent de stocker que de faibles volumes, 2 à 4% d'écrêtements seulement malgré des volumes importants de 1 à 3 Millions de mètres cubes, selon les sites et l'intensité des crues.

  • Des débits de pointes fortement retardés, de 8 heures à Bourges, et de 3 heures à Vierzon, grâce au seul fonctionnement des espaces respectifs étudiés : fonctionnement de la ZEC de Bourges (558ha) pour Bourges, et de la ZEC de Vierzon (840ha) pour Vierzon.

  • L'inefficacité du sur-stockage, par exemple à partir d'endiguements latéraux aux vallées (casiers) de 3m de hauteurs. Ce type d'aménagement n'aurait qu'une "faible" influence lors d'évènements faibles à modérés (jusqu'à des débits de 100m3/s en amont de Vierzon), en plus que de présenter des difficultés structurelles majeures.

  • Pas d'effet significatif des haies pour l'écrêtement, léger effet sur le temps de propagation, ajout simulé de 20ha de haies (39km) et 52ha de boisement dans la ZEC de Vierzon (840ha), qui retarde un débit de pointe (160m3/s) d'environ 30' à Vierzon.

Si les analyses mettent en évidence l'utilité indéniable de ces espaces (ZEC) par rapport aux zones à enjeux forts, en aval, principalement pour ralentir les vitesses de propagations, elle permettent également de répondre à certaines idées reçues, et notamment celles liées à l'écrêtements des crues, puisqu'aucun sur-stockage, qui, en plus de représenter de nombreuses contraintes d'ordres structurels dans la région (reliefs, effets de nappes), n'a la possibilité d'avoir une influence significative sur de tels débits, qui atteignent plus de 100m3 par seconde dans la vallée de l'Yèvre, soit plusieurs Millions de Mètres cubes au cours d'un évènement qui dure généralement plusieurs jours.

Les principales démarches à associer à ces espaces sont ainsi d'améliorer et maintenir leurs pleines fonctionnalités volumiques et écologiques : limiter les remblais (pratique régulièrement observée sur le bassin), maintenir voir développer la végétalisation dans ces espaces à l'intérêt écologique majeur.

Simulation d'un endiguement privant l'Yèvre de s'étendre dans son lit majeur (ZEC), les hauteurs d'eaux à Vierzon seraient légèrement plus importantes, mais l'évènement serait surtout beaucoup plus rapide !
Accélération de l'onde de crue à la suite de la suppression simulée de la ZEC de Vierzon.
Simulation de 39km de haies et 52ha de reboisement dans la plaine inondable de l'Yèvre en amont de Vierzon qui ralentirait l'évènement d'une trentaine de minutes.


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