Sauve-qui-peut, le Moulon déborde !


Derrière ce titre quelque peu accrocheur, la réputation hydraulique du bassin du Moulon, celle d’un cours d’eau capricieux et plus réactif que les autres bassins environnants. L’historique des crues ayant occasionnées des dommages est en effet important et pas toujours corrélée aux crues et inondations généralisées à l'échelle du bassin de l'Yèvre, sachant que chaque évènement a sa propre dynamique, en 1896, 1910, 1945, 1952, 1957, 1958, 1968, 1982, 1999, 2010, 2016, 2018… .



Courbes des débits des crues dans le temps, du Moulon, Barangeon, Ouatier et de l'Yèvre amont (crue de déc-janv 2020 (Vigicrue)

Bassin versant du Moulon (SIVY)

Nous vous invitons à découvrir quelques éléments de réponses, selon différentes observations et sources bibliographiques, une enquête menée tambour battant par l’équipe du SIVY qui garde donc toujours un œil alerte sur le Moulon !


Du relief et des pentes

D’une longueur d’environ 24km, (source à Menetou-Salon), la crête du bassin est associée à un discret relief qui s'élève à environ 300m d’altitude (secteur du Pic Montaigu).

Ce relief suffit néanmoins à constituer un obstacle orographique, les isohyètes relèvent ainsi les précipitations annuelles moyennes les plus importantes du bassin de l’Yèvre, avec des précipitations bien supérieures en amont (850-900mm), qu’en aval du même bassin (700 à 750mm à Bourges). Ce différentiel se retrouve parfois dans des phénomènes intenses, comme en juin 2018, où les communes de Quantilly, St-Martin d’Auxigny et St-Palais ont connues d’importants dégâts liés à des orages et une brusque montée des débits de l’Auxigny, de la Viloise et du Moulon ; ou dernièrement à Menetou-Salon (en juin 2021) . On relève ainsi au moins 6 arrêtés de catastrophes naturelles (ruissellements – coulées de boues) à St-Martin d’Auxigny depuis 1999 !

Cette tendance se confirme parmi les crues historiques du Moulon. Ainsi, d’après une étude de la DDE réalisée en 1983, une pluviométrie sur 3 jours de 28.0mm à Bourges, et 40.8mm à Saint-Martin d’Auxigny, était relevée lors de l'évènement de 1952, ou encore lors de la crue de décembre 1982 : 23.0mm à Bourges et 53.8mm à St-Martin d’Auxigny.

Précipitations moyennes annuelles sur le bassin de l'Yèvre et cliché des inondations de St-Martin d'Auxigny en 2018 (Berry Republicain)

Ce relief, génère également des pentes de cours d’eau relativement importantes sur la première partie du bassin, de l’ordre de 1.5%, qui s’affaiblissent à moins de 0.5% sur la deuxième partie du bassin.

Il peut être dégagé à cet égard les 2 remarques suivantes :

- les fortes pentes en tête de bassin génèrent des vitesses d’écoulements importantes et des temps de concentrations très faibles (durée de déplacement de l’onde de crue), alors qu’il s’agit des secteurs ou la pluviométrie est la plus intense !

- la pente des cours d’eau qui s’affaiblit sur la deuxième partie du bassin mène à une importante perte d’énergie (ralentissement), combinée à des espaces alluviaux (plaines inondables) fonctionnels : le Moulon en crue sort de son lit et prend ses aises dans les plaines inondables (St-Georges-sur-Moulon, Fussy, Bourges…).

Analyse des pentes par la Chambre d'Agriculture du Cher (2021)

La forme du bassin et le chevelu hydraulique

Nous l’avons vu, la pente participe aux débits et à la rapidité des crues, les plaines alluviales permettent l’étalement des eaux de débordement, la forme du bassin influence également l’allure d’un hydrogramme des crues.

Les calculs hydrauliques coïncidents également avec une intensification des phénomènes de crues sur la partie amont du bassin, menant à une forme de « superposition » des crues des principaux affluents sur le cours principal du Moulon aux alentours de Saint-Georges-sur-Moulon (confluences du ruisseau de Poisson, Fromengeux, Auxigny, Moulon).


Une nature des sols propice au ruissellement

Une étude BRGM (2020) et une analyse de la Chambre d’Agriculture dans le cadre de Concert’eau (2021) rappellent une nature des sols bien caractéristique, imperméable (Crétacés inf : Marne argileuse/gréseuse), propice au ruissellement sur la première partie du bassin. Une situation qui diffère des bassins voisins et orientaux, du Langis, du Colin ou de l’Ouatier réputées, eux, pour la grande perméabilité de leurs sols calcaires (karstiques). L'analyse du BRGM (en 2020) avait pour objectif de mieux caractériser le fonctionnement des processus de crues sur des bassins karstiques en prenant comme objet d’étude le bassin de l’Yèvre, de quoi mieux comprendre le fonctionnement du territoire : https://hal-brgm.archives-ouvertes.fr/hal-03295378/document


Analyse des ruissellements sur le bassin du Moulon (Chambre d'Agriculture du Cher, 2021)

Les travaux de modifications physiques des cours d’eau

Le SIVY recense et suit l’ensemble des facteurs d’évolutions de la morphologie des cours d’eau du territoire. La rectification des cours d’eau (19ème/20ème siècle) a été particulièrement importante sur le bassin de l'Yèvre et le territoire du Moulon déroge peu à cette règle, surtout pour ses affluents. Ces interventions ont généralement pour conséquence l’accélération des écoulements et l’atténuation des débordements au droit des travaux (sur-approfondissement-élargissements des lits créés), ainsi que la diminution des espaces propices à l'expansion des crues, au détriment des linéaires plus en aval ou les phénomènes sont alors accélérés et amplifiés.

Anciens méandres de la Viloise (désormais rectifiée et rectiligne), à Quantilly, affluent du Moulon (SIVY)

Une végétation rivulaire encore riche et diversifiée

Embâcle sur le Moulon retiré par le SIVY (Bourges, 2018)

C’est l’une des particularités de ce bassin par rapport à ses voisins orientaux : ceci génère quelques embâcles qui influencent (très ponctuellement) la ligne d’eau, mais ce corridor alluvial a surtout une influence favorable à grande échelle pour ralentir les vitesses des écoulements des crues !

Le SIVY n’associe ainsi pas l’accentuation des crues à une insuffisance éventuelle d’entretien de la végétation aux abords des cours d’eau du bassin du Moulon, bien au contraire.



Les plans d’eau

Nombreux sur ce bassin qui bénéficie des caractéristiques de pentes et de perméabilités favorables, ils ont, ici, fréquemment des origines liées au loisir et à l’irrigation. Aucun plan d’eau n’a cependant une capacité d’écrêtement ou de réelles influences sur les régimes de crues, en dehors d’incidents (ruptures de digues). Aucun incident de ce type n’a été répertorié au cours des dernières années par le SIVY.


L’évolution de l’occupation des sols

L’analyse des évènements antérieurs sont à mettre en perspectives du développement de l’urbanisation des communes traversées par le cours d’eau et ses affluents : St-Martin d’Auxigny, Fussy, et surtout, le nord de l’Agglomération Berruyère. Ces aménagements provoquent généralement une accélération des ruissellements (imperméabilisation des sols).

Comparaison de l'occupation des sols sur photographies aériennes Bourges-Nord 1950 - 2010 (Données IGN)
Occupation du sol aux abords du Moulon, aux environs de la gare de Bourges au début du 20ème siècle (Archives Départementales 18)

Les remblais en lit majeur

les agents du SIVY recensent régulièrement des remblais en lit majeur sur ce bassin (comme ailleurs). Encadrée par la loi et interdit dans le périmètre du PPRInondation à Bourges, peu de propriétaires connaissent ou respectent les démarches réglementaires nécessaires, considérant généralement que le délit et son impact sont minimes et insignifiant (rehaussement d’un chemin, protection d’un jardin, …). Hors, de faibles rehaussements de parcelles suffisent parfois à impacter de façon préjudiciable des secteurs à enjeux, et c’est généralement l’effet additionnel, répété par de nombreux propriétaires sur plusieurs années et décennies qui occasionnent à terme des bouleversements hydrauliques à l’échelle d’un bassin.

La suppression ou le non entretien d’anciens canaux de décharges du Moulon dont nous percevons parfois encore des traces (passages anciens sous les voiries SNCF, jardins, …), autant d’éléments qui conduisent à une probable aggravation des intensités et temps de réponses du Moulon.


Pour conclure

Ces quelques caractéristiques permettent d’expliquer la singularité des crues à l'échelle du bassin du Moulon, par rapport des bassins voisins, pourtant géographiquement très proches, comme le Langis, le Colin ou l'Ouatier.

Inondation de l'Yèvre à Osmoy (SIVY)

Il est important de rappeler également que les impacts des inondations doivent être considérés au regard des enjeux concernés. Hors, le Moulon représente un axe bordé par de nombreuses voiries et habitations (zones urbaines), qui garantissent des disfonctionnements plus fréquents que sur le Langis ou le Colin qui, eux; inondent peut-être parfois des surfaces équivalentes, mais touchent des enjeux moins visibles et pénalisants pour le quotidien des riverains (champs, prairies).


Modélisation EPLoire - crue centennale à Bourges : https://vimeo.com/185286631



Archives